Chapitre V - Le Silence de la Constitution

La lumière du sceau du Référendum National continuait de briller au-dessus de l'hémicycle.

Personne n'osait parler.

Le Premier ministre fut le premier à rompre le silence.

- Ce n'est qu'un sort.

Il leva lentement son exemplaire de la Constitution.

Les lettres dorées commencèrent à s'élever des pages.

- Conformément à l'article 49, alinéa 3...

Il s'interrompit.

Rien.

Aucun cercle magique.

Aucune chaîne.

Les lettres tombèrent au sol comme de simples feuilles de papier.

Un murmure parcourut l'Assemblée.

- Pourquoi...

Le Premier ministre recommença, cette fois en criant.

- CONFORMÉMENT À L'ARTICLE 49, ALINÉA 3 !

Toujours rien.

Son livre se referma brusquement.

Comme si une main invisible venait de lui retirer toute autorité.

Le Président de séance frappa alors son marteau.

CLAC.

Habituellement, ce simple geste faisait vibrer les murs du Palais Bourbon.

Cette fois...

Le bruit était celui d'un simple morceau de bois.

Les colonnes restaient silencieuses.

Les textes gravés dans les murs avaient disparu.

La magie s'était éteinte.

Le vieil homme esquissa un sourire mêlé de tristesse.

- C'est terminé.

- Quoi ? demanda un député.

- Jusqu'au verdict du peuple...

La Légis-Mancie n'existe plus.

Les regards se tournèrent vers lui.

Il poursuivit d'une voix calme.

- Le Référendum n'est pas un sort.

C'est un Édit Originel.

Lorsque le peuple est appelé à décider...

La Constitution retire son pouvoir à tous ceux qui voudraient influencer sa volonté.

Personne.

Ni le Gouvernement.

Ni l'Assemblée.

Ni les tribunaux de la Légis-Mancie.

Personne ne peut modifier le choix du peuple.

Un député de la majorité se leva brusquement.

- Nous pouvons toujours annuler cette procédure !

Le vieil homme secoua lentement la tête.

- Essayer d'empêcher le peuple de voter...

...serait une violation de la Constitution elle-même.

Un silence glacial envahit l'hémicycle.

Même le Premier ministre ne trouva rien à répondre.

Tous comprenaient.

Le référendum venait d'être proclamé.

Et désormais...

Même ceux qui détenaient le pouvoir ne pouvaient plus l'arrêter.


Un bruit sourd résonna derrière eux.

Léo venait de tomber à genoux.

Sa respiration était courte.

Ses mains tremblaient.

La chaleur qui parcourait son corps quelques instants plus tôt avait disparu.

- Qu'est-ce qui m'arrive... ?

Le vieil homme accourut.

Il le rattrapa avant qu'il ne s'effondre complètement.

- Doucement...

Léo leva difficilement les yeux.

- Je... je n'arrive plus à sentir cette énergie...

Le vieil homme baissa la tête.

- C'est normal.

- Normal ?

- Vous avez payé le prix.

Autour d'eux, les députés observaient la scène.

Le Premier ministre s'approcha.

- Expliquez-vous.

Le vieil homme inspira profondément.

- Pour invoquer un Édit Originel...

Il faut offrir sa propre source de pouvoir.

Il regarda Léo.

- Vous avez prêté votre voix au peuple.

Jusqu'au jour du scrutin...

Cette voix ne vous appartient plus.

Léo fronça les sourcils.

- Ça veut dire quoi ?

- Que vous êtes devenu...

Un homme ordinaire.

Léo baissa les yeux vers ses mains.

Plus aucune étincelle.

Plus aucune chaleur.

Rien.

Il n'était plus qu'un simple député.


Le Premier ministre esquissa enfin un sourire.

- Alors il est sans défense.

Le vieil homme tourna lentement la tête vers lui.

- Ne vous réjouissez pas trop vite.

- Pourquoi ?

Le vieil homme désigna le livre constitutionnel que le Premier ministre tenait encore.

- Essayez donc de lancer un sort.

Le Premier ministre ouvrit le livre.

Les pages restèrent blanches.

Aucune lumière.

Aucune magie.

Il referma lentement l'ouvrage.

Son sourire disparut.

- Impossible...

Le vieil homme répondit d'une voix grave.

- Il a perdu ses pouvoirs.

Vous aussi.

Et il en va de même pour chacun d'entre nous.

Le Référendum place tous les citoyens sur un pied d'égalité.

Jusqu'au verdict...

Il n'existe plus ni mages...

Ni maîtres de la loi.

Seulement des femmes et des hommes.


Au même instant...

Dans toute la France...

Les écrans de télévision s'interrompirent.

Les téléphones vibrèrent.

Les radios cessèrent leur programme.

Une même phrase apparut partout.

« LE PEUPLE EST APPELÉ À SE PRONONCER. »

Dans les rues, les cafés, les gares, les écoles et les maisons, chacun leva les yeux.

Le vote n'avait pas encore commencé.

Mais déjà, une chose était certaine.

Pour la première fois depuis des siècles...

L'avenir de la République ne dépendait plus de la magie des lois.

Il dépendait uniquement de la volonté de son peuple.

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