Chapitre IV - Le Référendum
Personne ne bougeait.
Les derniers fragments du sceau du 49.3 flottaient encore dans l'air, disparaissant lentement comme des braises emportées par le vent.
Léo regardait ses mains.
Elles ne crépitaient plus.
La lumière qui l'entourait s'était évanouie.
- Qu'est-ce que... j'ai fait ?
Le vieil homme s'approcha.
Son visage avait perdu toute couleur.
- Vous avez accompli l'impossible.
- Je n'ai rien fait.
- Justement.
Le silence fut interrompu par un rire.
Un rire sec.
Le Premier ministre.
- Impressionnant...
Vraiment impressionnant.
Il ramassa un exemplaire de la Constitution tombé au sol.
- Mais vous oubliez une chose.
Il leva le livre.
Les pages s'ouvrirent d'elles-mêmes.
Des milliers de caractères lumineux s'en échappèrent.
- Les lois gouvernent parce qu'elles sont écrites.
Et tant qu'elles existeront...
Vous ne pourrez rien y changer.
Les lettres formèrent une gigantesque cage autour de Léo.
Cette fois, aucune chaîne.
Uniquement des articles de loi.
Des milliers.
Chaque phrase venait enfermer un peu plus le jeune député.
Le vieil homme ferma les yeux.
- Le Labyrinthe Législatif...
Même les plus grands maîtres n'en sont jamais sortis.
Léo tendit la main.
Les mots ne se brisèrent pas.
Ils continuaient de tourner autour de lui.
- Pourquoi... ça ne marche plus ?
- Parce que ce ne sont pas des mensonges.
Le vieil homme baissa la tête.
- Ce sont de vraies lois.
Elles existent.
Elles ne peuvent être détruites simplement parce qu'elles déplaisent.
Léo resta immobile.
Puis il leva les yeux vers les députés.
Vers le Gouvernement.
Vers les caméras.
Une idée venait de traverser son esprit.
Simple.
Évidente.
- Si personne ici n'arrive à se mettre d'accord...
Pourquoi ne pas demander directement au peuple ?
Le temps s'arrêta.
Le vieil homme ouvrit brusquement les yeux.
- Qu'avez-vous dit ?
- Demandons au peuple.
Après tout...
C'est pour lui que nous sommes ici, non ?
Les murs du Palais Bourbon tremblèrent.
Une vibration profonde monta des fondations.
Les statues de la République s'illuminèrent.
Au plafond, les milliers d'articles de loi cessèrent de tourner.
Puis...
Ils s'écartèrent.
Comme s'ils laissaient la place à quelque chose de plus ancien.
Au-dessus de l'hémicycle apparut un immense cercle blanc.
Sans numéro.
Sans article.
Sans Constitution.
Seulement deux mots.
RÉFÉRENDUM NATIONAL
Le vieil homme tomba à genoux.
- Impossible...
Le Premier ministre recula.
- Non...
Pas ça...
Une voix ancienne résonna dans tout le Palais Bourbon.
Elle semblait venir de chaque pierre.
« Lorsque les représentants ne peuvent plus représenter... la parole retourne au peuple. »
À cet instant, les caméras s'embrasèrent d'une lumière éclatante.
Partout en France, les écrans se figèrent.
Les citoyens levèrent les yeux.
Sans comprendre pourquoi.
Ils avaient le sentiment qu'on les appelait.
Le sceau blanc grandissait.
Chaque seconde.
Le Premier ministre leva désespérément la Constitution.
- Empêchez-le !
Les députés de la majorité récitèrent ensemble des dizaines d'articles.
Des milliers de lettres dorées jaillirent vers le ciel.
Mais en touchant le sceau blanc...
Elles se dissipèrent.
Comme de simples feuilles emportées par le vent.
Le vieil homme regardait Léo avec des yeux remplis de crainte.
- Il n'invoque pas un sort...
Il réveille un droit oublié.
Léo, lui, ne comprenait toujours pas.
- Je veux juste que les gens puissent choisir.
Au même instant...
Une immense cloche invisible résonna dans toute la France.
Le sceau du Référendum venait de s'éveiller.
Et, pour la première fois depuis des siècles...
Le peuple allait pouvoir répondre à l'appel.
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